La figure humaine est centrale dans le travail de Marie-Claire Laffaire.

Mue par le besoin d'entrer en résonance avec la figure de l'autre, elle explore les notions de mimesis et de double, germes d'une réflexion sur notre rapport au Temps que la pratique du dessin lui permet d'interroger.

" Dans sa réception la re-présentation est toujours affaire de temporalités plurielles, à fortiori lorsqu'il s'agit de dessin. En donnant à voir non seulement une image , mais également la succession de traces et donc de gestes invisibles qui la composent , le dessin est à même de plonger le regardeur, par une imitation intériorisée, dans le temps de production de l'œuvre. J'aime à penser qu'au delà de l'esthétique le dessin permet une expérience esthésique. "

     L'artiste travaille d'après des photographies, soit en faisant poser ses modèles, soit en puisant dans l'album familial d'anciens clichés vernaculaires et anodins. Pour elle le temps-intervalle, entre l'instant fugace de fixation qu'est la prise du cliché et le moment de la restitution, fait lui-même partie de l'œuvre. Les sujets sont dessinés dépouillés de tout indice contextuel et traités par des cadrages serrés flirtant parfois avec le hors champs et la disparition. Si les dessins témoignent d'un désir de représentation et d'un certain réalisme, ils laissent toujours à voir le geste de fabrication à qui fait l'expérience physique de l'œuvre. La pratique du dessin, dans ses moments aveugles*, engendre une forme de reviviscence intérieure du sujet qu'elle tente de transmettre à celui qui regarde. L'artiste dessine au crayon graphite sur des papiers choisis avec attention, que désormais elle teint et tend tels des toiles sur des châssis, permettant au dessin de se soustraire des contraintes de l'encadrement et au papier d'exister dans sa matérialité et sa sensualité. Présentés sans interface, ses travaux placent le spectateur dans un rapport intime à l'œuvre.

     Marie-Claire Laffaire fait le choix de la délicatesse et souhaite permettre à l'attention du spectateur de se déployer par delà une surface poétique, dans une relation de proximité quasi réflexive à la figure de l'autre. Nourri par une réflexion sur la mémoire comme prolongement de soi, que trahissent les thèmes récurrents de l'effacement et de la métamorphose, son travail tente de tisser des liens entre différentes temporalités.

*(Lorsque l'on trace le trait, on ne peut regarder simultanément le sujet, et réciproquement . Ainsi on dessine toujours de mémoire. Derrida disait "dans la nuit")

© 2019 par Marie-Claire Laffaire